Hommage à Michel Fournier
À sa sortie de l’École normale supérieure, Michel Fournier a été recruté par Pierre Souchay, qui l’a fait entrer au CNRS en 1968. Il y a préparé une thèse de doctorat d’État consacrée aux polyanions du molybdène, sujet initié par Pierre Souchay et qui a connu par la suite des applications importantes. Après sa thèse, Michel Fournier a obtenu un poste de chargé de recherche au CNRS et il a effectué un stage postdoctoral à l’Université Columbia de New York. Au cours des années suivantes, dans le cadre de collaborations scientifiques, il s’est investi dans la mise au point de synthèses et dans la caractérisation électrochimique et physicochimique de différentes familles de polyoxométallates du tungstène et du molybdène, y compris les espèces à valence mixte ; ces travaux se sont traduits par un ensemble de publications qui sont encore très citées.
La transition de son activité vers la catalyse s’est produite dans les années 1980-1990, d’abord à travers une collaboration avec le Laboratoire de Réactivité de Surface qui visait à appliquer la chimie des hétéropolyanions supportés à la catalyse d’oxydation ménagée, puis autour d’un projet innovant fondé sur l’un des composés qu’il avait synthétisés. Cette collaboration industrielle, associant le CNRS et CDF-Chimie, soutenue notamment par Gérard Hecquet, alors directeur de la recherche de CDF-Chimie (devenu depuis Atofina), a contribué à son recrutement comme professeur des universités à l’Université de Lille 1 Sciences et Technologies. Reconnu internationalement pour son expertise et pour sa connaissance encyclopédique de la structure et des modes de synthèse des (hétéro)polyanions les plus divers, il a été le pilier central pour le développement de ces composés dans le domaine de la catalyse hétérogène dans le laboratoire qui deviendra l’Unité de Catalyse et Chimie du Solide (UCCS), formant ses jeunes collègues et dirigeant un grand nombre de doctorants. Il a aussi été un des moteurs pour le développement des approches théoriques et quantiques en catalyse hétérogène au laboratoire.
En parallèle Michel Fournier a été très impliqué dans l’enseignement de la physico-chimie de la première année de Licence au Master, et il portait un intérêt tout particulier à la formation des futurs enseignants dans le cadre des préparations aux concours de l’agrégation de Sciences Physiques. Son implication et son intérêt pour ces formations étaient tels que même après son départ à la retraite, il donnait encore bien volontiers des « conférences » pour les étudiants. Il a également défendu l’autonomie universitaire et la qualité de la formation des enseignants. Il a pris sa retraite à l’âge de 68 ans.
Les travaux de Michel Fournier font encore largement référence aujourd’hui. Ils sont la démonstration qu’un corpus impressionnant de « chimie minérale » descriptive, pour reprendre des termes anciens, sans « impact sociétal » immédiat comme on dirait de nos jours, a in fine permis d’importants développements dans de nombreux domaines appliqués de la chimie. Son immense savoir et ses connaissances scientifiques impressionnaient tous ceux qui l’ont côtoyé, mais plus que tout, la passion de la transmission le caractérisait : les échanges étaient inoubliables, vous laissant le sentiment d’avoir tellement appris et mesurant l’énormité de ce qui vous restait à apprendre.

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